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Exposé sur les problèmes rencontrés dans la fratrie
(EVA TOUSSAINT : PSYCHOLOGUE)

La naissance d’un enfant handicapé est un véritable traumatisme pour la famille.

Les parents ne savent pas toujours quelle attitude adopter face à l’annonce du handicap.

Trouveront-ils les mots qu’il convient pour en parler, quel est le moment pour en parler et à qui se confier. Comment doivent se comporter l’entourage et la fratrie ? comment réagir face à la souffrance des parents ?.

Il y a peu de temps que l’on s’intéresse au ressenti des grands parents et des frères et sœurs dans cette situation. La reconnaissance de la différenciation chez le nouveau né atteint d’une maladie est admise, c’est une intrusion dans la vie du frère ou de la sœur, il ne ressemble à aucun, il est différent et cette comparaison est nécessaire dans la construction du moi.

Idées préconçues sur le ressenti des enfants :

On imagine que l’enfant n’a pas conscience et qu’il est moins gêné que les adultes dans sa relation au handicap.

En réalité, il se pose les mêmes questions que les adultes et adopte la même attitude. L’enfant perçoit et vit la souffrance de ses parents.

On pense que tout se joue dans l’enfance

Rien n’est immuable. Les relations fraternelles évoluent tout au long de la vie, les questions seront différentes au fur et à mesure.

On ne doit pas parler du handicap aux frères ou sœurs, il faut les protéger

Les parents, perturbés par la prise en charge de la maladie, ne souhaitent pas impliquer davantage la fratrie dans ce problème, mais ne rien dire c’est taire les doutes et les angoisses.

Les parents doivent verbaliser leurs propres émotions pour que l’enfant puisse verbaliser les siennes, il faut saisir les questions d’appel. Il faut laisser une chance au temps si la communication ne s’établie pas, ne pas fermer la porte au dialogue, à l’explication mais ne pas tout dire forcément.

Rôle et fonctionnement inconscient des fratries :

A l’image de ses parents, l’enfant sain assure son rôle de consolateur, manifeste son soutien et protège son frère ou sa sœur handicapé mais il faut faire attention que l’enfant malade ne devienne pas le centre de gravité.

Ce qui est difficile pour la fratrie :

Ils éprouvent un sentiment de trahison et de culpabilité à être capables d’indépendance. Peuvent ils s’autoriser à avoir accès à l’autonomie alors que l’autre ne le peut pas ; à quitter sa famille, à fonder un foyer, à choisir son avenir professionnel et choisir ses amis.

Moment où il faut penser à la fratrie :

A l’annonce du handicap, les enfants doivent partager avec les parents les émotions qui circulent dans la famille, ils ont besoin que les adultes les considèrent comme participants et non comme passifs. Ils sont sensibles au fait qu’on reconnaisse qu’ils sont autant concernés.

Certaines étapes nécessitent une attention particulière :

▪lorsque l’enfant "sain", né après l’enfant handicapé, devient plus performant.

▪Lui accorder des périodes de vacances sans l’enfant handicapé.

▪Répondre à l’adolescence aux questions sur le devenir.

▪Evoquer l’avenir et le vieillissement des parents, quand se posera la question de la prise en charge, par la fratrie, de l’enfant handicapé, surmonter l’idée angoissante du décès des parents.

Comment aider les parents et la fratrie :

Il faut tenir compte de la singularité de chacun, nous sommes tous différents dans l’appréhension de la maladie et dans nos aptitudes à gérer nos souffrances. Il est important que ce dialogue entre parents et enfants puisse être partagé avec les médecins.

En conclusion :

Au contact d’un des siens malade, la fratrie développe une plus grande maturité et un désir de savoir et de comprendre. Ils ont une plus grande capacité à écouter l’autre et à détecter les doutes.

Les grands parents éprouvent une difficulté à se positionner. Eux aussi ressentent un sentiment de culpabilité, ils ne savent pas quelle attitude avoir face à leur enfant pour les soulager ainsi que leurs petits enfants.

A retenir :

Le dialogue est plus facile en passant par une tierce personne.

Le handicap modifie la relation parent/enfant quand elle était déjà fragile avant, soit elle se dégrade, soit les liens se resserrent.

Il ne faut pas hésiter à se faire aider par un psychologue.

Dès la naissance, on peut commencer à parler à son enfant handicapé, lui expliquer ce qu’il lui arrive. Il a besoin d’entendre que ses parents l’aiment tout autant.

Il faut parler avec ses enfants, il faut DIRE mais pas forcement tout dire ni surtout n’importe quand et n’importe comment.

Eva TOUSSAINT

Psychologue.

 

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FEVRIER 2003 www.afsrt.com